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10/01/2014

La réponse au catholique inquiet

Le directeur de la Nuova Bussola Quotidiana, Riccardo Cascioli, a accepté de publier le 8 janvier la lettre de son ami Mario Palmaro, un écrivain catholique italien, sur la situation de l'Église catholique que ce dernier juge préoccupante. Extraits:

Notre problème, c'est vraiment Matteo Renzi? Autrement dit: pouvions-nous nous attendre à ce que quelqu'un devienne secrétaire du Parti démocratique, puis commence à défendre la famille naturelle, l'enfant à naître, lutte contre la fécondation in vitro et l'avortement, s'oppose à l'euthanasie? (...)

Non, cher directeur, mon problème, ce n'est pas Matteo Renzi. Mon problème, c'est l'Église catholique. Le problème est que dans cette histoire, dans ce déchaînement planétaire du lobby gay, l'Eglise se tait. (...)

Vous comprenez, cher directeur? Bientôt, ils prendront mon fils de sept ans et à l'école, ils le mettront à jouer avec des préservatifs et ses parties génitales, et l'Église, de quoi me parle-t-elle? (...)

Vous et moi qui nous sommes battus et nous battons contre l'avortement légal, contre le divorce, contre la FIV, contre l'euthanasie, contre les unions homosexuelles, et contre les politiciens fourbes comme Matteo Renzi qui promeuvent et diffusent tout cela. Voilà, vous et moi, nous sommes irrémédiablement des matraqueurs de doctrine, des personnes sans charité, des "éthicistes"... (...)

Voilà, cher directeur, pourquoi mon problème, et votre problème , celui des catholiques et des gens simples, n'est pas Matteo Renzi. Le problème, c'est notre Mère l'Église, qui a décidé de nous lâcher dans la jungle du Vietnam: les hélicoptères sont repartis, et nous sommes restés en bas, à nous faire embrocher l'un après l'autre par des Viet Kong relativistes. Pour moi, je ne me plains pas, pour les raisons que vous savez (Mario Palmaro, gravement malade, est au seuil de la mort - NdEspN). (...)

Non, je ne me plains pas pour moi. Mais il me reste le problème de mon fils de sept ans et des trois autres déjà plus grands. (...)

 

Riccardo Cascioli publie en même temps une réponse personnelle à la lettre de son ami, traduite en français par Belgicatho:


Nuova Bussola Quotidiana | 8 janvier 2014

Cher Mario,

Je vous remercie pour cette lettre, que je publie volontiers bien que vous n'ayez aucun doute à ce sujet, d'abord parce que vous êtes un ami que j'estime et, ensuite, parce qu'il me permet de clarifier les questions de fond que vous posez et et qui sont également au cœur de la mission de la Nuova Bussola Quotidiana.

Je précise immédiatement deux aspects qui sont secondaires pour moi avant de passer au noeud de la question. Tout d'abord, je n'ai jamais dit que nous avons un problème Renzi (il s'agit de l'actuel maire de Florence, étoile montante de la politique italienne qui pourrait bien se retrouver à la tête du gouvernement ndB); tout au plus Renzi sera-t-il un problème pour ceux qui voteront pour lui. Si j'ai évoqué Renzi, c'est pour deux raisons : nous sommes un quotidien et nous suivons l'actualité jour après jour. Il ne fait aucun doute que, ces jours-ci, les propositions du chef du Pd constituent la principale nouvelle politique. En outre, beaucoup de catholiques sont fascinés par cette figure émergente, et il était bon de souligner qu'en ce qui concerne ce qui nous tient à coeur il n'y a rien de vraiment nouveau dans son programme, en regard des thèmes classiques de la gauche. Et, comme il a déjà été précisé clairement, les principes non négociables font partie du Magistère de l'Eglise et ne sont pas sujets à des modes pastorales.

Deuxième question : je ne pense pas qu'il soit correct de faire de toute herbe un fagot (autrement dit de généraliser) tant en ce qui concerne les politiciens que les évêques. Si la Loi sur l'homophobie a été freinée, c'est aussi parce que certains députés et sénateurs du centre-droit se sont dépensés sans réserve. Il me semble juste de le reconnaître, tout comme on notera que beaucoup de politiciens qui tiennent à se définir comme catholiques travaillent pour l' « ennemi ». En outre, au sujet des propositions de Renzi, il y a aussi le Nouveau Centre Droit qui a pris clairement position. Nous verrons ensuite lorsqu'on fera les comptes ce qui aura été privilégié. De même, le paysage qu'offrent les évêques n'est pas totalement uniforme : sans citer des noms, nous savons que certains évêques italiens ont dit, ces derniers jours, des mots clairs sur les unions civiles et sur les mariages entre personnes du même sexe, même si la grande majorité d'entre eux ignore la question et si plusieurs autres ont exprimé des positions en contradiction ouverte avec le Magistère, comme du reste nous n'avons pas manqué de le relever hier.

En parlant des évêques, nous entrons pourtant tout de suite dans la vraie question que votre lettre pose, celle de l'Eglise. Une Eglise qui serait désormais en retrait par rapport à l'idéologie mondaine, dont cette vague homosexualiste constitue aujourd'hui l'aspect le plus frappant et le plus envahissant ; une Eglise qui parlerait d'autre chose, alors que l'on détruit l'homme dans son essence, cet être fait à l'image et la ressemblance de Dieu. Le véritable ennemi est à l'intérieur, dites-vous; l'Eglise tremble sur ses fondations, et cette pensée vous est devenue insupportable en pensant à l'avenir de vos enfants.

Il y a beaucoup de choses vraies dans ce que vous dites, cher Mario, et vous savez que la Bussola n'est pas tendre avec certains personnages et certaines idées. Mais je crois aussi qu'à votre description manque un élément, le plus important. C'est à dire la certitude que c'est le Christ qui guide l'Eglise, que l'Eglise n'est pas l'oeuvre des hommes même si le travail des hommes est indispensable. C'est seulement cette certitude qui nous rend libres et heureux même devant les énormes problèmes qui se dressent devant nous, c'est seulement cette conviction vécue qui nous donne la force de soutenir un combat inégal où le tir ami est devenu plus dangereux que celui de l'ennemi.

Du reste, que dans l'Eglise les choses aillent à contre-sens, ce n'est pas nous qui en faisons la découverte. Paul VI fut là pour le déclarer avec beaucoup de clarté dans cette célèbre homélie pour la fête des Saints Pierre et Paul de 1972: « par quelque fissure, la fumée de Satan est entrée dans le Temple de Dieu... On croyait que, après le Concile viendrait un jour ensoleillé pour l'histoire de l'Eglise. Au lieu de cela vint une journée de nuages, de tempêtes, de ténèbres. » Et quelques années plus tard - en septembre 1977, quelques mois avant sa mort - il ajoutait en s'adressant à son ami Jean Guitton : « ce qui me frappe, quand je considère le monde catholique, c'est qu'à l'intérieur du catholicisme semble prédominer parfois une pensée de type non catholique ».

Mais Paul VI ne s'arrête pas ici, dans cette description peu encourageante. Tout en prévoyant que cette façon de penser « non catholique » dans l'Eglise puisse devenir majoritaire, il ajoute pourtant: « mais elle ne représentera jamais la pensée de l'Eglise. Il faut qu'un petit troupeau subsiste, aussi petit soit-il. »

La pensée de l'Eglise et celle du Magistère, est celle du catéchisme, peu importe combien continuent à le suivre. C'est ce qui nous est seulement demandé. Peu importe si les hélicoptères sont partis et s'ils nous ont laissé à la merci du Vietcong, pour reprendre votre métaphore. Nous savons seulement que nous devons bien faire le travail auquel avons été appelés parce que c'est à Lui que à la fin – tôt ou tard -, nous devrons rendre des comptes. Comme le disait Benoît XVI dans son encyclique "Spe Salvi", la pensée du Jugement dernier devrait toujours nous accompagner, non pour nous faire peur mais pour nous soutenir et nous consoler.

Il n'y a pas un peuple catholique appelé à se rebeller contre ses dirigeants indignes – et après la rébellion, que fait-on ? –, il n'existe qu'une seule Eglise constituée de pécheurs et de traîtres mais sanctifiée par la conduite du Christ, et où tous - du Pape au dernier des baptisés sont appelés à la conversion.

Et l'Eglise est telle dans la mesure où elle est unie autour du Pape. Bien sûr, vous pouvez également avoir le sentiment de ne pas à être en résonance avec le Pape ainsi qu'il serait souhaitable ; bien sûr, les choix pastoraux peuvent également être discutés, et on peut afficher de la perplexité sur les orientations et les nominations. Mais en ayant toujours à l'esprit que le Pape n'est pas le Président de la République, qu'il représente le Christ et que c'est pour cette raison que nous le suivons. L'unité de l'Eglise est le bien suprême, et l'unité se fait autour du Pape, qui est infaillible dans la définition de la vérité révélée: « le Pape ne peut pas commettre d'erreur dans l'enseignement des vérités révélées par Dieu », dit le Catéchisme de Saint Pie X, et c'est tout ce qui compte. L'histoire de l'Eglise nous enseigne que, pendant des siècles, ils ont été nombreux à avoir raison contre la mondanité des évêques et des papes (certaines attitudes ne sont pas d'aujourd'hui), mais ceux qui ont privilégié leurs raisons au détriment de l'unité n'ont provoqué que des catastrophes, se sont perdus et en ont fait se perdre beaucoup d'autres. Ceux qui en revanche se sont sacrifiés pour l'unité de l'Eglise, ont vu leurs raisons valorisées par la suite.

Dans les prochaines semaines, nous aurons l'occasion de revenir sur certains aspects du pontificat actuel. Cependant, il est d'abord important d'éviter de le juger à partir des articles de la Répubblica, du Corriere, de l'Avvenire et ainsi de suite. Je sais moi-même que ce qui passe dans l'opinion publique, ce sont les titres des journaux alors que les discours, les homélies, les documents, personne (ou presque) ne les lit; mais je pense que notre effort consiste avant tout à présenter clairement le contenu réel de ses interventions. C'est ce que la nouvelle Bussola Quotidiana essaie de faire systématiquement. Ensuite, on pourra discuter d'un passage ou d'une affirmation, on pourra aussi exprimer se perplexité à propos de certains contenus, mais que ce soit au moins sur ce que le Pape a vraiment dit et non ce que d'autres décident de lui faire dire.

Cher Mario,

Nous pouvons bien être d'accord sur le fait que la situation de l'Eglise est dramatique et que les choses tournent au pire, mais la certitude de ce qui précède fait que l'arme principale pour « réagir » n'est pas tant celle de l'indignation publique que celle de la prière et de la pénitence. Comme le disait le Pape Benoît XVI dans son fameux discours adressé au monde de la culture française en 2008, parlant de l'expérience du monachisme bénédictin,  « dans la confusion des temps », le seul but doit être « quaerere Deum, chercher Dieu ». Tout le reste nous sera donné par surcroît.

Riccardo Cascioli

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