Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/09/2015

Cardinal Ouellet : communion spirituelle et communion sacramentelle 1ère partie

Le Cardinal Marc Ouellet, Préfet de la Congrégation pour les Evêques, a publié un article en deux parties le 11 juillet sur le site de la Conférence des évêques d'Italie (partie 1 et partie 2). Ce texte est une réponse à la question posée au n. 53 du Rapport final du Synode extraordinaire des Evêques qui s’est tenu l’année dernière sur le thème « Les défis pastoraux sur la Famille dans le contexte de l’Évangélisation » :

« Si la communion spirituelle est possible pour les divorcés remariés alors pourquoi pas la communion sacramentelle ? ».

Le cardinal Ouellet a souhaité que la traduction française de ce texte soit porté à la connaissance des lecteurs du Salon Beige.

I – communion spirituelle et communion sacramentelle : unité et distinction 

 « Certains Pères ont soutenu que les personnes divorcées et remariées ou vivant en concubinage peuvent recourir de manière fructueuse à la communion spirituelle. D’autres Pères se sont demandé pourquoi, alors, elles ne pouvaient accéder à la communion sacramentelle. Un approfondissement de cette thématique est donc requis afin de permettre de faire ressortir la spécificité de ces deux formes et leur lien avec la théologie du mariage. »[1]

La proposition 53 du Synode extraordinaire sur la famille demande un approfondissement de la thématique de la communion spirituelle et sacramentelle et son rapport à la théologie du mariage. L’invitation est donc lancée aux théologiens afin qu’ils apportent aux pasteurs l’éclairage indispensable pour une orientation pastorale cohérente et fructueuse.

6a00e55214ffbe8834017ee92ac74b970dAvant d’aborder l’application de cette distinction au cas qui nous occupe, rappelons tout d’abord la tradition de l’Église catholique à ce sujet qui semble être sombrée dans l’oubli. De nos jours, la facilité avec laquelle tout le monde communie a fait s’estomper chez beaucoup le sens spirituel profond de la communion eucharistique. Un certain désir de participation active au plan social a supplanté l’exigence fortement ressentie auparavant de l’état de grâce pour s’approcher de la communion. C’est pourquoi il faut rappeler l’enseignement de la tradition catholique sur la distinction et l’unité entre la communion sacramentelle et la communion spirituelle tel qu’il a été compris et transmis au long des siècles.

Dès les origines saint Paul est intervenu en toute clarté sur les dispositions requises pour manger et boire dignement le corps et le sang du Seigneur : « Que chacun s’éprouve soi-même, avant de manger ce pain et de boire cette coupe; car celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur mange et boit sa propre condamnation » (1Co 11, 28-29). Parmi ces dispositions ressortent au premier plan la charité et l’unité qui faisaient défaut chez les Corinthiens auxquels il adresse cet avertissement. L’Apôtre indique au chapitre précédent le fondement de ces dispositions : « Le pain que nous rompons n’est-il pas une communion au corps du Christ? Puisqu’il y a un seul pain, nous sommes tous un seul corps; car tous nous participons à cet unique pain » (1Co 10, 16-17). L’Apôtre unit ainsi inséparablement le corps eucharistique du Christ et son corps ecclésial.

Saint Augustin prolonge cette doctrine paulinienne de l’union spirituelle au corps sacramentel et ecclésial du Christ. « Mais si vous êtes le corps et les membres du Christ, n’est-ce pas votre emblème qui est placé sur la table sacrée, votre emblème que vous recevez, à votre emblème que vous répondez Amen, réponse qui témoigne de votre adhésion? On te dit : Voici le corps du Christ. Amen, réponds-tu. Pour rendre vraie ta réponse, sois membre de ce corps. »[2]

Autant il décrit la vertu unitive de ce sacrement, autant il insiste sur les dispositions pour une authentique communion spirituelle : « Prendre cette nourriture et boire ce breuvage n’est donc autre chose que demeurer dans le Christ et le posséder en soi-même à titre permanent. Par là même, et sans aucun doute, quand on ne demeure pas dans le Christ, et qu’on ne lui sert point d’habitation, on ne mange point (spirituellement) sa chair, et on ne boit pas non plus son sang, quoiqu’on tienne d’une manière matérielle et visible sous sa dent le sacrement du corps et du sang du Sauveur. »[3]

Origène, commentant le Lévitique, parle dans le même sens en décrivant la communion spirituelle de l’âme sainte comme une manducation du Verbe : « Le lieu saint c’est l’âme pure, et c’est en ce lieu qu’il nous est commandé de manger le Verbe de Dieu. Car il ne convient pas qu’une âme non sainte mange ce qui est saint : mais quand elle se sera purifiée de toute souillure de la chair et des mœurs, alors devenue “lieu saint”, qu’elle prenne la nourriture de ce pain qui est descendu du ciel! »[4]

Saint Thomas d’Aquin recueille la Tradition apostolique et patristique et l’enrichit au moyen de ses distinctions caractéristiques dont celles que nous cherchons à mieux comprendre. Il les élabore en détails en traitant de la manducation du sacrement dans la question 80 de la IIIa pars, articles 1 à 12. Voici un extrait du onzième article:

Il y a deux modes de recevoir ce sacrement, le mode spirituel et le mode sacramentel. Or il est évident que tous sont tenus de le manger au moins spirituellement, car ce n’est pas autre chose que s’incorporer au Christ, comme nous l’avons dit. Mais la manducation spirituelle inclut le vœu ou le désir de recevoir ce sacrement, nous l’avons déjà dit. Et par conséquent, sans le vœu de recevoir ce sacrement, l’homme ne peut obtenir le salut.[5]

Le Docteur Angélique s’efforce ensuite de préciser, sans nécessairement opposer, la communion sacramentelle et la communion spirituelle car elles sont ordonnées l’une à l’autre.

La manière parfaite de manger ce sacrement est celle où on le reçoit de telle façon qu’on perçoit son effet. Mais il arrive parfois, nous l’avons dit, qu’on soit empêché de percevoir l’effet de ce sacrement; et cette manière de manger est imparfaite. Puisque la différence entre le parfait et l’imparfait est un principe de division, la manducation sacramentelle, par laquelle on consomme le sacrement sans obtenir son effet, est distinguée, par opposition, de la manducation spirituelle par laquelle on perçoit l’effet de ce sacrement, lequel unit spirituellement au Christ par la foi et la charité.[6]

La différence dont il parle ici concerne celui qui communie sacramentellement avec les justes dispositions spirituelles et perçoit par conséquent l’effet spirituel du sacrement, et celui qui ne communie que sacramentellement sans en percevoir le fruit parce qu’il lui manque les dispositions de foi et de charité. Sa réponse aux objections précise encore la même chose : « La manducation sacramentelle qui produit la manducation spirituelle ne se distingue pas de celle-ci par opposition, mais elle y est incluse. »[7]

Bref, il y a un mode parfait et un mode imparfait de communier, le mode parfait identifiant communion sacramentelle et spirituelle, la première nourrissant la seconde; le mode imparfait étant soit celui de la communion sacramentelle sans l’effet spirituel faute de dispositions, ou encore la communion spirituelle de désir (in voto) sans la communion sacramentelle à cause d’un quelconque empêchement. Thérèse de Jésus exhortait ses filles à cette pratique fructueuse :

Quand vous ne communierez pas, mes filles, et que vous entendrez la messe, vous pouvez communier spirituellement, c’est extrêmement profitable, et ensuite vous recueillir en vous-mêmes; cela grave profondément en nous l’amour de ce Seigneur; lorsque nous nous disposons à recevoir, jamais il ne manque de trouver une façon de donner, même à notre insu.[8]

La tradition catholique s’appuie surtout sur la doctrine du Concile de Trente à propos de la communion eucharistique, en réponse aux positions protestantes. Elle distingue clairement trois cas : la communion sacramentelle des pécheurs qui n’est pas spirituelle parce qu’indigne; la communion spirituelle sans la manducation du sacrement; et la communion parfaite, sacramentelle et spirituelle :

Pour ce qui est de l’usage, nos pères ont justement et sagement distingué trois manières de recevoir ce saint sacrement. Ils ont enseigné que certains ne le reçoivent que sacramentellement en tant que pécheurs. D’autres ne le reçoivent que spirituellement: ce sont ceux qui, mangeant par le désir le pain céleste qui leur est offert avec cette « foi » vive « qui opère par la charité » (Ga 5,6), en ressentent le fruit et l’utilité. D’autres, enfin, le reçoivent à la fois sacramentellement et spirituellement: ce sont ceux qui s’éprouvent et se préparent de telle sorte qu’ils s’approchent de cette table divine après avoir revêtu la robe nuptiale (Mt 22,11-14).[9]

L’unité et la distinction des deux formes de communion n’est pas toujours clairement perçue de nos jours à cause d’une certaine banalisation de la communion que nous avons évoquée au début, qui est à l’opposé de la pratique déficiente de la communion sacramentelle pendant des siècles, que le jansénisme a aggravée dans les temps modernes par excès de moralisme, mais que saint Pie X a efficacement combattue par la promotion de la communion fréquente[10].

Influencés par ces épisodes, certains estiment que la communion spirituelle est une alternative insuffisante (ersatz) à proposer aux personnes divorcées et remariées. Nous y répondrons dans un prochain article à la lumière de l’enseignement que nous avons rappelé, qui laisse entrevoir de réelles perspectives de miséricorde encore à découvrir.

Marc Cardinal Ouellet


[1] Synode des évêques, IIIe Assemblée générale extraordinaire, Les défis pastoraux sur la famille dans le contexte de l’évangélisation. Relatio synodi, 18 octobre 2014, n. 53.

[2] Saint Augustin, Sermon cclxxii, dans : Œuvres complètes, vol. V., Bar-Le-Duc, 1866, 379.

[3] Saint Augustin, Vingt-sixième traité sur saint Jean, dans : Œuvres complètes, vol. X., Bar-Le-Duc, 1864, n. 18, 532.

[4] Origène, Homélies sur le Lévitique, (Sources chrétiennes 287), xiii, 5, 220.

[5] Somme théologique, IIIa pars, Paris, Tournai et Rome, Desclée et Cie, 1967, q. 80, a. 11, 129.

[6] Ibid., a. 1, 53-54.

[7] Ibid., ad 2, 55.

[8] Thérèse d’Avila, « Le chemin de la perfection » dans : Œuvres complètes, Bruges, Desclée de Brouwer, 1964, xxxv, 1, 489.

[9] Denzinger-Hünermann, Symboles et définitions de la foi catholique, Paris, Cerf, 1996, n. 1648, 442 (Désormais DH). Cf. aussi le huitième canon sur le saint sacrement de l’eucharistie : « Si quelqu’un dit que le Christ présenté dans l’eucharistie est mangé seulement spirituellement et non pas aussi sacramentellement et réellement: A.S. » (DH 1658)

24/09/2015

Papes Jean-Paul II et Benoît XVI: Le manque de foi ne suffit jamais à rendre un mariage nul

C'est ce qui apparaît clairement dans le dernier discours adressé par Benoît XVI au Tribunal de la Rote Romaine, en présence de Mgr Pio Vito Pinto.

 

 

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI
À L'OCCASION DE L’INAUGURATION DE L’ANNÉE JUDICIAIRE
DU TRIBUNAL DE LA ROTE ROMAINE

Salle Clémentine
Samedi 26 janvier 2013

 

Chers membres du Tribunal de la Rote romaine !

C’est pour moi un motif de joie de vous retrouver à l’occasion de l’inauguration de l’année judiciaire. Je remercie votre doyen, Mgr Pio Vito Pinto, des sentiments exprimés en votre nom à tous et que, en retour, je vous adresse moi aussi de tout cœur. Cette rencontre m’offre l’opportunité de réaffirmer mon estime et ma considération pour le service élevé que vous prêtez au Successeur de Pierre et à l’Église tout entière, ainsi que de vous inciter à un engagement toujours plus grand dans un domaine assurément difficile, mais précieux pour le salut des âmes. Le principe selon lequel la salus animarum est la loi suprême dans l’Église (cf. CIC, can. 1752) doit être bien gardé à l’esprit et trouver chaque jour, dans votre travail, la réponse rigoureuse qui lui est due.

1. Dans le contexte de l’Année de la foi, je voudrais m’arrêter de manière particulière sur certains aspects du rapport entre foi et mariage, en observant comment l’actuelle crise de la foi, qui touche différentes parties du monde, porte en elle une crise de la société conjugale, avec toute la charge de malaise et de souffrance que cela comporte aussi pour les enfants. Nous pouvons prendre comme point de départ la racine linguistique commune que possèdent, en latin, les termes fides et foedus, ce dernier étant un terme avec lequel le Code de droit canonique désigne la réalité naturelle du mariage, comme un pacte irrévocable entre un homme et une femme (cf. can. 1055 § 1). En effet, la confiance réciproque est la base incontournable de tout pacte ou alliance.

Sur le plan théologique, la relation entre foi et mariage prend une signification encore plus profonde. En effet, le lien sponsal, bien qu’étant une réalité naturelle, entre les baptisés a été élevé par le Christ à la dignité de sacrement (cf. ibid.).

Le pacte indissoluble entre un homme et une femme n’exige pas, afin d’assurer son caractère sacramentel, la foi personnelle des futurs époux ; ce qui est demandé, comme condition minimale nécessaire, est l’intention de faire ce que fait l’Église. Mais s’il est important de ne pas confondre le problème de l’intention avec celui de la foi personnelle des contractants, il n’est toutefois pas possible de les séparer totalement. Comme le faisait remarquer la Commission théologique internationale dans un document de 1977, « Là donc où l’on ne perçoit aucune trace de la foi comme telle (au sens du terme “croyance”, disposition à croire) ni aucun désir de la grâce et du salut, la question se pose de savoir, au plan des faits, si l’intention générale et vraiment sacramentelle, dont nous venons de parler, est présente ou non, et si le mariage est validement contracté ou non » (La doctrine catholique sur le sacrement du mariage [1977], 2.3: Documents 1969-2004, vol. 13, Bologne 2006, p. 145). Le bienheureux Jean-Paul II, en s’adressant à ce tribunal, il y a dix ans, précisa toutefois qu’« une attitude des futurs époux ne tenant pas compte de la dimension surnaturelle du mariage peut le rendre nul uniquement si elle porte atteinte à la validité sur le plan naturel, sur lequel est placé le signe sacramentel lui-même » (Discours à la Rote romaine, 30 janvier 2003 ; cf. ORLF n. 1 du 3 janvier 2003). À propos de cette problématique, en particulier dans le contexte actuel, il sera nécessaire de promouvoir des réflexions supplémentaires.

2. La culture contemporaine, marquée par un subjectivisme et un relativisme éthique et religieux accentués, place la personne et la famille face à des défis pressants. En premier lieu, face à la question concernant la capacité même de l’être humain de se lier, et de savoir si un lien qui dure toute la vie est vraiment possible et correspond à la nature de l’homme, ou s’il n’est pas plutôt en opposition avec sa liberté et avec son autoréalisation. En effet, il appartient à une mentalité diffuse de penser que la personne ne devient elle-même qu’en restant « autonome » et en entrant en contact avec l’autre uniquement à travers des relations que l’on peut interrompre à tout instant (cf. Allocution à la Curie romaine [21 décembre 2012]: ORLF n. 1, du 3 janvier 2013). Il n’échappe à personne que, sur le choix de l’être humain de se lier par un lien qui dure toute la vie, influe la perspective de base de chacun, c’est-à-dire s’il est ancré à un plan purement humain, ou bien s’il est ouvert à la lumière de la foi dans le Seigneur. En effet, ce n’est qu’en s’ouvrant à la vérité de Dieu qu’il est possible de comprendre, et de réaliser concrètement dans la vie également conjugale et familiale, la vérité de l’homme en tant que son fils, régénéré par le baptême. « Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5) : c’est ce qu’enseignait Jésus à ses disciples, en leur rappelant l’incapacité substantielle de l’être humain d’accomplir tout seul ce qui est nécessaire à l’obtention du bien véritable. Le refus de la proposition divine conduit en effet à un déséquilibre profond entre toutes les relations humaines (cf. Discours à la Commission théologique internationale [7 décembre 2012] : ORLF n. 50, du 13 décembre 2012), y compris matrimoniale, et facilite une compréhension erronée de la liberté et de l’autoréalisation qui, unie au refus d’avoir la patience de supporter la douleur, condamne l’homme à s’enfermer dans son égoïsme et son égocentrisme. Au contraire, l’accueil de la foi rend l’homme capable du don de soi, dans lequel ce n’est qu’« en s’ouvrant à l’autre, aux autres, aux enfants, à la famille... en se laissant modeler dans la souffrance, qu’il découvre la dimension du fait d’être une personne humaine » (Discours à la Curie romaine [21 décembre 2012] : ORLF n. 1, du 3 janvier 2013).

La foi en Dieu, soutenue par la grâce divine, est donc un élément très important pour vivre le dévouement mutuel et la fidélité conjugale (Catéchèse à l’Audience générale [8 juin 2011] : orlf n. 23, du 9 juin 2011). On n’entend pas par cela affirmer que la fidélité, comme les autres propriétés, ne soient pas possibles dans le mariage naturel, contracté entre non baptisés. En effet, celui-ci n’est pas privé des biens qui « proviennent du Dieu créateur et s’inscrivent de manière inchoactive dans l’amour sponsal qui unit le Christ et l’Église » (Commission théologique internationale, La doctrine catholique sur le sacrement du mariage [1977], 3.4 : Documents 1969-2004, vol. 13, Bologne 2006, p. 147). Mais assurément, la fermeture à Dieu ou le refus de la dimension sacrée de l’union conjugale et de sa valeur dans l’ordre de la grâce rend difficile l’incarnation concrète du modèle très élevé du mariage conçu par l’Église selon le dessein de Dieu, pouvant arriver à miner la validité même du pacte si, comme le reconnaît la jurisprudence consolidée de ce Tribunal, elle se traduit par un refus de principe de l’obligation conjugale de fidélité elle-même, ou des autres éléments ou propriétés essentielles du mariage.

Tertullien, dans sa célèbre Lettre à sa femme, en parlant de la vie conjugale marquée par la foi, écrit que les époux chrétiens « sont vraiment deux dans une seule chair, et là où la chair est unique, l’esprit est unique. Ils prient ensemble, ils se prosternent ensemble et jeûnent ensemble ; l’un apprivoise l’autre, l’un honore l’autre, l’un soutient l’autre » (Ad uxorem libri duo, ii ; ix : pl i, 1415b-1417a). Saint Clément d’Alexandrie s’exprime dans les mêmes termes : « En effet, si pour tous les deux Dieu est un seul, alors pour tous les deux un seul est le Pédagogue — le Christ —, une est l’Église, une la sagesse, une la pudeur, en commun nous avons la nourriture, le mariage nous unit... Et si la vie est commune, commune est également la grâce, le salut, la vertu, la morale» (Pædagogus, i, iv, 10. i : pg 8, 259b). Les saints qui ont vécu l’union matrimoniale et familiale dans la perspective chrétienne, ont réussi à surmonter également les situations les plus contraires, obtenant alors la sanctification du conjoint et des enfants avec un amour toujours renforcé par une solide confiance en Dieu, par une sincère piété religieuse et par une intense vie sacramentelle. C’est précisément ces expériences, marquées par la foi, qui font comprendre combien, aujourd’hui encore, est précieux le sacrifice offert par le conjoint abandonné ou qui a subi le divorce, si — reconnaissant l’indissolubilité du lien matrimonial valide — il réussit à ne pas se laisser « entraîner dans une nouvelle union... Alors, son témoignage de fidélité et de cohérence chrétienne est d'une valeur toute particulière pour le monde et pour l'Église» (Jean-Paul II, Familiaris consortio [22 novembre 1981], 83 : aas 74 [1982], p. 184).

3. Je voudrais enfin m’arrêter brièvement sur le bonum coniugum. La foi est importante dans la réalisation du bien conjugal authentique, qui consiste simplement à vouloir toujours et quoi qu’il en soit le bien de l’autre, en fonction d’un véritable et indissoluble consortium vitae. En vérité, dans l’intention des époux chrétiens de vivre une véritable communio coniugalis se trouve un dynamisme propre à la foi, selon lequel la confessio, la réponse personnelle sincère à l’annonce salvifique, fait participer le croyant au mouvement d’amour de Dieu. « Confessio » et « Caritas » sont « les deux modalités dans lesquelles Dieu nous engage, nous fait agir avec Lui, en Lui et pour l’humanité, pour sa créature... La “confessio” n’est pas une chose abstraite, elle est “caritas”, elle est amour. Seulement ainsi, elle est le reflet de la vérité divine qui, en tant que vérité, est également inséparablement amour » (Méditation au cours de la première congrégation générale de la XIIIe assemblée générale ordinaire du synode des évêques [8 octobre 2012] : orlf n. 41, du 11 octobre 2012). Ce n’est qu’à travers la flamme de la charité que la présence de l’Évangile n’est plus seulement parole, mais réalité vécue. En d’autres termes, s’il est vrai que « la foi sans la charité ne porte pas de fruit et la charité sans la foi serait un sentiment à la merci constante du doute », on doit conclure que « foi et charité se réclament réciproquement, si bien que l’une permet à l’autre de réaliser son chemin » (Lett. apos. Porta fidei [11 octobre 2011], 14 : orlf n. 42, du 20 octobre 2011). Si cela est valable dans le vaste contexte de la vie communautaire, cela doit valoir encore plus dans l’union matrimoniale. C’est dans celle-ci, de fait, que la foi fait croître et fructifier l’amour des époux, en laissant place à la présence de Dieu Trinité et en rendant la vie conjugale elle-même, ainsi vécue, « une heureuse nouvelle » face au monde.

Je reconnais les difficultés, d’un point de vue juridique et pratique, de cerner l’élément essentiel du bonum coniugum, jusqu’à présent entendu principalement en relation avec les hypothèses d’incapacité (cf. cic, can. 1095). Le bonum coniugum prend de l’importance également dans le domaine de la simulation du consentement. Assurément, dans les cas soumis à votre jugement, ce sera l’enquête de facto qui vérifiera le caractère éventuellement fondé de ce chef de nullité, dominant ou coexistant avec un autre chef des trois « biens » augustiniens, la procréativité, l’exclusivité et la perpétuité. On ne doit donc pas faire abstraction de la considération qu’il puisse exister des cas dans lesquels, justement en raison de l’absence de foi, le bien des conjoints est compromis et donc exclu par le consentement même ; par exemple, dans l’hypothèse de subversion de la part de l’un d’eux, à cause d’une conception erronée du lien nuptial, du principe de parité, ou bien dans l’hypothèse de refus de l’union à deux qui caractérise le lien matrimonial, en rapport avec l’exclusion coexistante possible de la fidélité et de l’usage de l'acte conjugal accompli humano modo.

Je n’entends certainement pas, par ces présentes considérations, suggérer un automatisme facile entre carence de foi et invalidité de l’union matrimoniale, mais plutôt souligner combien une telle carence peut, bien que non nécessairement, blesser également les biens du mariage, du moment que la référence à l’ordre naturel voulu par Dieu est inhérente au pacte conjugal (cf. Gn 2, 24).

Chers frères, j’invoque l’aide de Dieu sur vous et sur ceux qui dans l’Église se prodiguent pour la sauvegarde de la vérité et de la justice à l’égard du lien sacré du mariage et, par là même, de la famille chrétienne. Je vous confie à la protection de la Très Sainte Vierge Marie, Mère du Christ et de saint Joseph, Gardien de la Famille de Nazareth, exécuteur silencieux et obéissant du plan divin du salut, alors que je vous donne avec plaisir, ainsi qu’à vos proches, ma Bénédiction apostolique.

 

discours à la rote romaine, benoît xvi

<http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/speeches/2013/january/documents/hf_ben-xvi_spe_20130126_rota-romana.html> le 24 septembre 2015 à 10h32

 

Source: Site officiel du Saint-Siège - Discours du 26 janvier 2013

05/09/2015

L'autel de la basilique Saint-Pierre du Vatican est tourné vers l'Orient

 

Le fait que, dans la basilique Saint-Pierre, le célébrant, en se tournant vers l'est, soit en même temps tourné vers le peuple, est le résultat de contraintes topographiques particulières, et pas d'une quelconque intention de disposer le célébrant face à l'assemblée.

 

« Pour des motifs purement topographiques, dont nous ne donnerons pas les détails, il se trouve que l’abside de la basilique Saint-Pierre fait face à l’ouest. Si le prêtre célébrant – en conformité avec la tradition de prière chrétienne – voulait faire face à l’est, il devait logiquement se tourner vers le peuple. »

 

Joseph Ratzinger / Benoît XVI, L’esprit de la liturgie, Ad Solem Editions, Genève, 2001, p.65

 

StPetersBasilica_WolfgangStuck.jpg

La basilique Saint-Pierre vue depuis le toit du Castel Sant'Angelo

 

18/08/2015

Hosties volées et profanées: l'évêque d'Oruro interdit la communion dans la main

 

3599923990.jpgRécemment, l'évêque du diocèse d'Oruro, en Bolivie, Monseigneur Cristóbal Bialasik, au cours de son habituelle célébration dominicale du Saint Sacrifice de la Messe, ce dimanche 16 août, a déclaré que dans l’Église diocésaine qui lui a été confiée, le Corps du Seigneur - l'Hostie consacrée - ne sera plus administré dans la main des fidèles. [NdT: seul le prêtre célébrant, agissant in persona Christi, se communie lui-même; les prêtres non célébrants ainsi que les fidèles qui ne sont pas prêtres reçoivent la sainte communion directement dans la bouche]

Le prélat, à raison, n'autorise plus l'administration de l'Eucharistie de cette manière, puisque, a-t-il signalé, on a observé dernièrement qu'il y a des personnes qui ne consomment pas le Saint Sacrement au moment où ils le reçoivent, et veulent l'emporter hors du temple à des fins inconnues. [NdT: on peut néanmoins s'en faire une idée sur ce lien]

Les prêtres zélés d'autrefois voulaient avoir la certitude que ceux qui recevaient l'Hostie soient des fidèles connus, afin d'éviter les profanations, car il y avait des membres d'autres religions, groupes ou idéologies, qui assistaient aux Messes pour recevoir le Corps de Jésus et pour ensuite le profaner, en le jetant au sol, en crachant dessus et en le piétinant.

Comme nous le rappelle Mgr Athanasius Schneider, la pratique de la communion dans la main telle que nous la connaissons aujourd'hui est née au XVIIème siècle chez les calvinistes, qui ne croyaient pas en la Présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. "Même Luther ne l'aurait pas fait", explique cet évêque: "De fait, jusqu'il y a peu, les luthériens communiaient à genoux et dans la bouche, et encore maintenant certains le font ainsi dans les pays scandinaves".

 

Saint Thomas d'Aquin, dans sa grande Somme Théologique, le confirme et l'explique ainsi:

«L'administration du Corps du Christ revient au prêtre pour trois raisons.

«Premièrement, parce que c'est lui qui consacre en la personne du Christ. Mais comme Christ a consacré Son Corps à la Dernière Cène, de même c'est aussi Lui qui l'a donné aux autres pour le partager avec eux. Par conséquent, comme la consécration du Corps du Christ revient au prêtre, sa distribution lui revient pareillement.

«Deuxièmement, parce que le prêtre et l'intermédiaire désigné entre Dieu et le peuple, donc c'est à lui que revient d'offrir les dons du peuple à Dieu. De même, c'est à lui que revient de distribuer au peuple des dons consacrés.

«Troisièmement, parce que par révérence envers ce Sacrement, rien ne le touche sinon ce qui est consacré, puisque le corporal et le calice sont consacrés, et également les mains du prêtre pour toucher ce Sacrement. Par conséquent, il n'est licite de le toucher pour personne d'autre, excepté par nécessité, par exemple s'il tombait à terre ou bien en quelque autre cas d'urgence».

[Saint Thomas d'Aquin, Somme Théologique, III, Q.82, Art. 13]

 

> Lire la suite de l'article sur AdelantelaFe

Traduction de l'espagnol: Espérance Nouvelle

 

06/08/2015

La prière vers l'Orient remonte à l'origine du christianisme

 

« Malgré toutes les variations, une chose est restée claire à l’esprit de toute la chrétienté : la prière vers l’Orient est de tradition depuis l’origine du christianisme, elle exprime la spécificité de la synthèse chrétienne, qui intègre cosmos et histoire, passé et monde à venir dans la célébration du salut. Dans la prière vers l’Orient nous exprimons donc notre fidélité au don reçu dans l’incarnation et l’élan de notre marche vers le second avènement. »

 

Joseph Ratzinger / Benoît XVI, L’esprit de la liturgie, Ad Solem Editions, Genève, 2001, p.63

 

Le Barroux, abbaye du Barroux, ad orientem

Messe à l'Abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

 

04/08/2015

Une paroisse de 13000 fidèles, et pas un divorce. Voici pourquoi.

Siroki-Brijeg.jpg     À Siroki Brijeg, parmi les 13 000 fidèles, on ne compte pas un seul di­vorce. De mémoire d'homme, pas une seule famille n'a éclaté. L'Herzégovine jouit-elle d'une faveur exceptionnelle de la part du Ciel ? Existe-t-il un truc magique contre le démon de la division ?
    La réponse est très simple ! Durant des siècles, sous domination turque puis communiste, les Croates ont cruellement souffert, car on voulait ar­racher leur foi chrétienne. Ils savent par expérience que leur salut vient de la Croix du Christ;  il ne vient pas des projets de désarmement, de l'aide hu­manitaire ou des traités de paix, même si parfois ces réalités apportent quelques bienfaits.
            La source du Salut, c'est la Croix du Christ ! Ces gens ont une sagesse, ils ne se laissent pas tromper lorsqu'il s'agit de la vie ou de la mort. C'est pourquoi ils ont lié de façon indissociable le maria­ge à la Croix du Christ. Ils ont fondé le mariage qui donne la vie humaine sur la Croix qui donne la vie divine.
            La tradition croate du mariage est si belle qu'elle commence à faire école en Europe et en Amérique ! Lorsqu'un jeune couple se prépare au mariage, on ne lui raconte pas qu'il a trouvé la personne idéale, le meilleur parti. Non ! Que dit le prêtre ? :

« Tu as trouvé ta croix. Et c'est une croix à aimer, une croix à porter,
une croix qu'il ne faudra pas rejeter mais chérir. »

            Ces paroles prononcées en France laisseraient le fiancé muet de stupeur. Mais en Herzégovine, la Croix évoque l'amour, et le crucifix est le trésor de la maison.
            Lorsque les fiancés se rendent à l’église, ils apportent avec eux un cruci­fix. Ce crucifix est béni par le prêtre, et au cours de l'échange des consente­ments, il revêt une importance centra­le. En effet, la fiancée pose sa main droite sur la croix;  à son tour, le fian­cé pose sa main sur celle de sa fiancée, et les deux mains se trouvent ainsi réunies sur la croix, fondées sur la croix. Le prêtre pose son étole sur les mains des fiancés qui prononcent alors leurs consentements et se promettent fidélité selon le rite de l’Église.
            Après cela, les mariés ne s'embrassent pas, mais ils embrassent la croix. Ils savent qu'ils embrassent ainsi la source de l'amour.
            Celui qui s'approche et voit leurs mains étendues sur la croix comprend que si le mari abandonne sa femme ou que la femme abandonne son mari, alors, c'est la croix qu'ils lâchent. Et lorsqu'on a lâché la croix, il ne reste rien, on a tout perdu, car on a lâché Jésus, on a perdu Jésus.
            Après la cérémonie, les mariés rap­portent ce crucifix et lui donnent une place d'honneur dans la maison. Il deviendra le centre de la prière familiale, car ils ont la conviction que la famille est née de cette croix.
            Si un problème survient, si un conflit éclate, c'est devant cette croix que les époux viennent trouver se­cours. Ils n'iront pas chez un avocat, ils ne consulteront pas un diseur de bon­ne aventure ou un astrologue, ils ne compteront pas sur un psychologue pour régler leurs affaires.
            Non, ils iront devant leur Jésus, de­vant la croix. Ils se mettront à genoux et c'est devant Jésus qu'ils verseront leurs larmes, qu'ils crieront leur souffrance et, surtout, échangeront leur pardon. Ils ne s'endormiront pas le cœur lourd, car ils auront eu recours à leur Jésus, au Seul qui a la puissance de sauver.
            Ils apprendront à leurs enfants à embrasser la croix chaque jour et à ne pas se coucher comme des païens, sans avoir remercié Jésus. Pour les enfants, aussi loin qu'ils s'en souviennent, Jésus est l'ami de la famille, que l'on respecte et que l'on embrasse.
            Ces enfants ne reçoivent pas de « nounours » à étreindre durant la nuit pour se sentir en sécurité. Mais ils disent « bonne nuit » à Jésus et embras­sent la croix. Ils s'endorment avec Jésus, pas avec une peluche. Ils savent que Jésus les garde dans ses bras et qu'ils n'ont rien à craindre, leurs peurs s'éteignent dans leur baiser à Jésus.

 

Source : FM L’Évangile de la Vie

 

Voir aussi:

> Le mariage et la Croix: Sermon à l'occasion du mariage d'Otavio et Jonna

> François: "L'amour du Christ peut rendre aux époux la joie de cheminer ensemble"

> Benoît XVI: "Dans la Croix se trouvent la force et l'espérance de la famille"

 

03/08/2015

Prier avec Dom Guéranger avant et après la sainte communion

 

gueranger.jpgActe de foi avant la communion

(dom Guéranger, Année Liturgique, Avent)

Au moment de vous sentir entrer en moi, ô Dieu éternel, Fils du Père, j’éprouve le besoin de ranimer ma foi. C’est donc vous-même qui allez venir à moi, vous qui êtes descendu en la Vierge Marie, et avez fait de son sein virginal le sanctuaire de votre Majesté ! Vous lui envoyâtes votre Ange, et elle crut à sa parole, quand il lui eut dit : Rien n’est impossible à Dieu ; l’Esprit-Saint surviendra en vous, et la Vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. Elle crut, et conçut dans ses chastes entrailles celui qui l’avait tirée du néant. Vous ne m’avez pas envoyé un Ange, ô mon Sauveur ! pour m’assurer que vous allez venir en moi. Vous avez parlé vous-même, et vous avez dit : Je suis le pain vivant descendu du ciel, celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui. Cette parole que vous avez proférée il y a vingt siècles, vous avez voulu qu’elle me parvînt par l’organe de votre Église, afin que j’eusse en même temps la certitude de vous entendre, et le mérite d’abaisser ma raison devant le plus profond des mystères. Je crois donc, ô mon Sauveur ! Aidez la faiblesse de ma foi. Donnez-moi de m’incliner, comme Marie, devant votre souveraine raison ; et puisque voulez venir en moi, je veux dire comme elle, en baissant la tête : Qu’il me soit fait selon votre parole ; car je ne suis que néant et vous n’êtes que sagesse et puissance.

 

Acte d’humilité avant la communion

(dom Guéranger, Année Liturgique, Avent)

Mais, ô mon Sauveur ! en venant choisir votre demeure au sein de la glorieuse Vierge, vous ne descendiez du ciel que pour entrer en un autre Paradis. Vous l’aviez préparée, dès sa conception, par toutes sortes de grâces ; elle-même vous avait été fidèle plus que tous les Anges et tous les hommes ensemble. Comment pourrez-vous donc choisir mon cœur si indigne, pour le lieu de votre repos ? Combien de fois, frappant amoureusement à sa porte, n’avez-vous pas été refusé ? Et, eût-il été toujours fidèle, quelle proportion de sa bassesse à votre souveraine dignité : Élisabeth s’humilie de recevoir la visite de Marie : D’où me vient cet honneur ? dit-elle ; et voici que non plus seulement la Mère de Dieu, mais Dieu même veut me visiter, et d’une manière si intime, qu’il ne se peut d’union plus étroite. Celui qui me. dites-vous, demeure en moi et moi en lui. O Fils de Dieu ! votre œil se plaît donc à rechercher ce qu’il y a de plus infirme, pour que votre cœur prenne ensuite plaisir à s’y attacher ? J’admire cette conduite ; mais lorsque je viens à sentir que j’en suis moi-même l’objet, je m’abîme dans mon néant, et je vous supplie de me le faire mieux connaître encore, afin que tout en moi, quand vous y viendrez, confesse votre gloire, votre miséricorde, votre souverain pouvoir.

 

Acte de contrition avant la communion

(dom Guéranger, Année Liturgique, Avent)

Encore si je pouvais, ô mon Sauveur ! me rendre le témoignage de ne sentir en moi que mon néant, qui fit obstacle à l’union glorieuse à laquelle vous me conviez ! je m’approcherais de vous à la suite de Marie l’immaculée, mon auguste Reine, et j’oserais porter ma main sur les miettes du festin auquel elle s’assied près de vous. Mais il n’y a rien de commun entre l’innocence et le péché, entre la lumière et les ténèbres. J’ai été votre ennemi, ô mon Sauveur ! et vous voulez entrer en mon cœur à peine cicatrisé de ses plaies honteuses. Vous annoncez vouloir y prendre vos ébats comme en celui de Marie. Oh ! combien vous me faites comprendre par là la malice de mes fautes, puisque c’est à vous, si généreux, si plein d’amour, que j’ai osé m’attaquer ! Que ferai-je donc, en attendant l’instant où vous allez descendre au milieu de mes ténèbres, pour les transformer en lumière, si ce n’est de renouveler le repentir que me causent les péchés si nombreux par lesquels je vous ai perdu, ceux aussi par lesquels je vous ai contristé sans vous perdre ? Agréez ma contrition, ô mon Sauveur ! c’est ainsi que je veux préparer votre voie jusqu’à mon cœur, en redressant en moi tout ce qui s’oppose à la rectitude de votre sainte Loi.

 

Acte d’amour avant la communion

(dom Guéranger, Année Liturgique, Avent)

Car, ô mon Sauveur ! je voudrais vous aimer, comme Marie elle-même vous a aimé. N’êtes-vous pas mon Souverain, comme vous étiez le sien ? Et, de plus, ne m’avez-vous pas donné, en me remettant mes péchés, des marques de tendresse qu’elle n’a pas connues ? Je vous aime donc, ô Jésus ! qui allez venir en moi, et je me réjouis de votre venue ; car vous augmenterez mon amour. Marie, jusqu’au moment où vous entrâtes en elle, avait vécu dans la sainteté et la justice ; elle vous avait aimé uniquement ; mais lorsqu’elle vous sentit en elle, lorsqu’elle sentit que vous n’étiez plus qu’une seule et même chose avec elle, son amour s’accrut encore et perdit toute mesure. Qu’il en arrive ainsi de mon cœur, au moment où vous entrerez en lui, ô mon Sauveur ! Mais venez bientôt ; car si, d’une part, je suis indigne de votre visite, de l’autre je suis contraint de la désirer, puisque vous êtes le Pain qui donne la vie au monde, le Pain de chaque jour, à l’aide duquel nous devons prolonger notre vie, jusqu’au jour de l’éternité. Venez donc, Seigneur Jésus ! mon cœur est prêt et se confie en vous. Sainte Vierge Marie, par la joie que vous avez ressentie de posséder en vous Celui que le ciel et la terre ne peuvent contenir, soyez-moi en aide, afin qu’il trouve mon âme purifiée et attentive. Saints Anges qui considériez avec tant d’étonnement et de respect cette simple créature portant Dieu en elle, ayez pitié d’un pécheur, dont le cœur, naguère au démon, va dans un moment devenir le tabernacle de Dieu. Saints et Saintes du ciel, et vous spécialement, mes fidèles Patrons, environnez-moi au moment où va descendre en moi, homme pécheur et mortel, Celui en qui vous vivez à jamais, justes et immortels.

 

Acte d’adoration après la communion

(dom Guéranger, Année Liturgique, Avent)

Souveraine Majesté de Dieu, vous avez donc daigné descendre en moi. Ce privilège accordé autrefois à la Vierge bénie est donc aussi le mien. Qui me donnera en ce moment de vous adorer profondément, comme elle vous adora ? Le sentiment de sa bassesse et de son indignité, dans cet instant suprême, l’eût anéantie, si, d’autre part, voire amoureuse tendresse ne l’eût soutenue, en favorisant cette ineffable union du Créateur et de la créature. O mon Dieu ! je ne sens point aussi vivement ma bassesse, et surtout mon indignité, qui pourtant est bien plus grande ; mais je vois du moins qu’il vous a fallu franchir des obstacles infinis pour venir ainsi jusqu’à moi, pour dÈvenir ainsi mon bien et mon trésor. Que ferai-je donc qui soit digne de vous, et qui puisse vous dédommager de l’humiliation que vous encourez pour mon amour ? Je ne puis que vous adorer, que m’humilier, s’il était possible, jusqu’au néant ; et comme cette adoration est trop indigne de vous, j’ose vous représenter en ce moment celle que vous offrit Marie elle-même, au moment où elle se sentit Mère de son Dieu, et durant les neuf mois que vous lui demeurâtes uni. Vous me l’avez donnée pour mère ; souffrez que je dispose ainsi des biens qui sont à elle : elle les tient, pour votre gloire, à la disposition de tous ses enfants.

 

Acte de remerciement après la communion

(dom Guéranger, Année Liturgique, Avent)

Mais, ô mon Sauveur ! Marie ne se borna pas à vous adorer en elle-même ; son heureux cœur s’épancha bientôt dans l’effusion de la reconnaissance. Elle se voyait distinguée par vous entre toutes les filles de son peuple ; que dis-je ? entre toutes les générations qui l’avaient précédée et toutes celles qui devaient la suivre : son âme tressaillait donc d’allégresse, et sa bouche put à peine rendre l’expression affaiblie de la joie qui était en elle. Oh ! disait-elle, Celui qui est puissant a fait en moi de grandes choses ; il a regardé ma bassesse, et toutes les générations me proclameront Bienheureuse. Et moi, ô mon Sauveur, ne m’avez-vous pas distingué entre mille et entre dix mille, par le bienfait que vous venez de m’accorder ? Vous m’avez fait naître dans les temps qui ont suivi votre Incarnation, et aujourd’hui même à combien d’autres de mes frères ne me préférez-vous pas ? Je vous possède en moi ; je connais le prix de votre Avènement ; mais combien d’hommes ne vous possèdent point ainsi, ne vous connaissent même pas ! Vous les avez tous invités, il est vrai ; mais un grand nombre n’ont pas voulu venir ; et tandis que vous m’avez contraint de venir à vous par les forts et doux moyens de votre miséricorde, vous les avez négligés dans votre justice. Soyez béni, ô mon Dieu, qui aimez toutes les œuvres de vos mains, et voulez que personne ne périsse, sinon par sa faute ; mais qui multipliez en faveur de plusieurs les infinies ressources de votre amour.

 

Acte d’amour après la communion

(dom Guéranger, Année Liturgique, Avent)

Je vous aimerai donc aussi, ô mon Dieu ! puisque vous m’avez aimé le premier, et je vous aimerai d’autant plus qu’étant venu en moi, vous ayez centuplé mes forces pour vous aimer. N’en a-t-il pas été ainsi de Marie, lorsque vous eûtes choisi en elle votre habitation ? Jusque-là, nulle créature ne vous avait été plus fidèle, n’avait mieux mérité d’être préférée à toutes les autres pour cette riche faveur que vous destiniez de toute éternité à une fille des hommes. Mais lorsque vous fûtes entré en elle, quand votre personne divine eut touché sa sainte mais faible mortalité, Marie, transformée, pour ainsi dire, en vous, connut un amour que jusque-là elle n’avait pas connu. Ainsi puisse-t-il en être de moi, ô Jésus ! Puisse ma vie propre se perdre dans la vôtre ! car la visite que vous venez de me faire n’est point une visite à la façon de celles que les hommes se rendent entre eux. Vous avez pénétré, non dans ma maison, mais dans le plus intime de mon âme ; et selon la parole de votre saint Apôtre, je ne vis plus, mais c’est vous-même qui vivez en moi. Je dois donc vous aimer, si je m’aime moi-même, puisque vous demeurez en moi et moi en vous, je ne veux plus me séparer de vous ; je veux au contraire n’avoir plus avec vous qu’un seul cœur et une seule vie, jusque dans l’éternité.

 

Acte de dévouement après la communion

(dom Guéranger, Année Liturgique, Avent)

Mais, ô mon âme, si tu aimes le Seigneur ton Dieu, songe à vivre pour lui. La présence de Jésus-Christ en Marie ne produit pas seulement en elle, au moment où elle se fait sentir, un dévouement complet aux intérêts et à la gloire de Celui qui est à la fois son Dieu et son fils. Marie puise dans cette présence intime le principe de ce ferme attachement à toutes les volontés divines, qui lui donnera de traverser sans faiblir toutes les épreuves qui l’attendent. Vous avez voulu pareillement, ô mon Sauveur ! m’encourager par cette visite. Jusqu’au jour où je dois sortir de ce monde et paraître devant vous, je sens qu’il me faut cheminer dans une voie souvent semée d’obstacles, et quelquefois dure à gravir. Si je vous aime, je triompherai de tout ; et comment ne vous aimerai-je pas, au seul souvenir de cette visite que vous venez de me faire, et que vous daignerez renouveler toutes les fois que j’en aurai le désir sincère ? Je suis donc à vous, comme vous êtes à moi ; considérez ma grande faiblesse et fortifiez-moi. Je me repose de tout sur votre miséricorde, dont je viens de recevoir la plus riche de toutes les preuves.

 

Prière à Notre-Dame, aux anges et aux saints après la communion

(dom Guéranger, Année Liturgique, Avent)

O Marie, gardez en moi le fruit de cette visite de votre divin Fils. Anges de Dieu, montrez-vous jaloux de conserver intacte la demeure de votre Maître. Saints et Saintes, priez, afin que je ne perde pas le souverain bien dont l’immuable possession vous rend à jamais heureux.

 

Source : Abbaye Saint-Pierre de Solesmes

03/07/2015

Messe traditionnelle célébrée par un franciscain

 

 

La Messe selon l'usus antiquior célébrée en 2009 par le père Balazs Barsha ofm (chapelle Bienheureux John Henry Newman, Sumeg, Hongrie). La vidéo a été présentée par TV KANA le 4 décembre 2014 pour l'exposition "Le monde de la liturgie" au Musée d’État d'Histoire de la Religion à Saint-Pétersbourg. (source: D. Radko)

Vu sur Le Petit Placide

ubi-caritas-refrain-pbc_med_hr.jpeg

ubi-caritas-verse-1--pbc_med_hr.jpeg

ubi-caritas-refrain-pbc_med_hr.jpeg

ubi-caritas-verse-2--pbc_med_hr.jpeg

ubi-caritas-refrain-pbc_med_hr.jpeg

ubi-caritas-verse-3--pbc_med_hr.jpeg

Ubi caritas est vera

  Ubi caritas est vera,
Deus ibi est.
Là où l'amour est authentique,
Dieu est présent.
 

Antiphona

S 1 Congregavit nos in unum Christi amor.   L'amour de Dieu nous a rassemblés dans l'unité.
S 2 Exsultemus, et in ipso iucundemur.   Soyons dans l'allégresse et réjouissons-nous en lui.
S 3 Timeamus, et amemus Deum vivum.   Soyons pleins de crainte et d'amour pour le Dieu vivant.
S 4 Et ex corde diligamus nos sincero.
Simul ergo cum in unum congregamur:
ne nos mente dividamur, caveamus.
Cessent iurgia maligna, cessent lites
et in medio nostri sit Christus Deus.
  Et aimons-nous mutuellement d'un coeur sincère.
Tous ensemble, quand nous sommes rassemblés dans l'unité,
gardons-nous de la discorde.
Trève aux mauvaises querelles, trève aux disputes.
Et qu'au milieu de nous soit le Christ Dieu.
S 9 Simul quoque cum beatis videamus,
glorianter vultum tuum, Christe Deus:
gaudium quod est immensum, atque probum,
saecula per infinita saeculorum.
  Puissions-nous également, tous ensemble,
voir avec les bienheureux ton visage
dans la gloire, ô Christ Dieu :
joie immense et vraie pour les siècles sans fin.

 

> Ubi Caritas - Scholae Sanctae Scholasticae

> Ubi Caritas - Académie de chant grégorien

> Ubi Caritas - Preces Latinae

> Ubi Caritas - Traduction multilingue

> Ubi Caritas - Chœur Grégorien de Paris

> Ubi Caritas - Moniales bénédictines - Le Barroux

 

Les franciscains du Bronx : auprès des pauvres, ad Orientem, versus Deum

Les frères de la communauté des franciscains du renouveau, appelés communément "franciscains du Bronx" d'après le lieu de leur implantation d'origine, sont présents dans plusieurs endroits du monde. Cette vidéo d'une durée de 5 minutes présente la communauté implantée à Fort Worth, Texas.

 

> Explication sur la prière vers l'Orient

> Ad Orientem: français

> Ad Orientem: portugais

> Ad Orientem: anglais

 

01/07/2015

Entretien avec Mgr Athanasius Schneider sur la liturgie - The Paulus Institute